Souvenirs d'un Noël egyptien…

Le Nil et ses felouques

Noël, Noël… Merveilleuse légende, merveille histoire qui a fait (et fait) rêver tant de monde.

Les rues sont éclairées de 1000 feux, les décorations de Noël sont plus belles les unes que les autres, les gens sont (semblent?) heureux, les enfants ont des étoiles pleins les yeux… Ils ont tous commencé le décompte avant le 25… et espèrent avoir été assez sage pour que le Père Noël apporte jouets et chocolats au pied du sapin….

Les adultes quant à eux, se bousculent dans les rayons des magasins, jonglent avec les prix et promos en toute sorte, affrontent les routes bondées et autres parkings saturés pour rendre cette fête la plus belle aux yeux de leurs enfants/petits enfants/nièces/neveux et autres bambins.

Mais comme chaque année, des milliers d’entre eux n’auront rien. Pas de jouets, pas de sapin, pas de chocolat. Rien.

Souvenir du Caire, un peu avant Noël. Ma cousine est à la maison, on va promener mon chien.

Au détour d’une ruelle insalubre et poussiéreuse, un « bâtiment » en construction…

Il est coutume de dire là-bas que les bâtiments ne sont jamais finis (apposition d’un toit) car cela oblige les occupants à payer des taxes. On peut donc y voir des milliers d’immeubles sans toit, voir pour certains les échafaudages encore montés, dans lesquelles s’entassent les familles les plus pauvres.

Au milieu des débris du chantier, des cartons, un peu de vaisselle cassée, des vêtements sales éparpillés de ci et là, quelques morceaux de guirlandes probablement récupérées dans une poubelle… A travers cet amoncellement, on aperçoit un petit chaton roux, tout sale, tout maigre, mais pas sauvage. Il vient rapidement vers nous réclamer câlins sur câlins.

Ce chat, de par sa couleur, on l’a appelé Pich-Pich (« abricot » en égyptien). Il est tout sale Pich Pich, et surtout tout maigre. Il réclame câlins sur câlins…

Toits égyptiens

Puis tout ça, c’est devenu un rituel. On sort le chien, on passe voir Pich-Pich…

Voyant qu’il ne grossissait pas du tout, on décide de lui amener une boîte de pâté ; il se jette dessus et dévore tout en quelques secondes…

Photo de la rue dans laquelle cette famille vivait...

C’est ce jour là qu’on a découvert que Pich-pich avait une famille. C’est précisément ce jour-là qu’elle a décidé de se manifester. Sorti des gravats, une famille… un papa, une maman, un fiston.

On ignorait leur existence…  mais eux voyant notre manège quotidien se sont manifestés pour nous remercier encore et encore.

On est surprise… on ne sait plus quoi dire. après tout, c’était une simple boite de pâté… vraiment rien. Mais pour eux ce chat représentait à priori énormément de chose. Entre 2 mots d’arabe, et 2 mots d’anglais, elle nous explique que ce chat est le seul être à leur être « fidèle », leur témoigner un peu d’affection, et revenir ainsi chaque jour récupérer sa dose de câlins, dormir avec eux pour repartir la journée chasser…
La dame est triste quand il part. Elle s’est attachée à cette petite boule de poil… et nous, en offrant cette boîte de pâté, avons joué un rôle important : Pich Pich étant repus… il n’est pas parti chasser ce jour-là. Il est resté auprès d’eux…

Et puis… la petite dame, dans sa galabiya bleue ciel nous fît signe d’attendre… Ils ne croient pas en Noël, ils sont musulman, et pourtant … la magie de Noël opéra.
Malgré leur pauvreté fracassante, malgré les difficultés de leur quotidien, malgré nos croyances différentes, malgré la barrière de la langue… elle nous offrit 2 oranges avec un timide « happy Christmas »… 2 oranges qu’on à peine à accepter vu leur situation et la notre… mais ses yeux brillaient tellement de bonheur, juste parce qu’on avait nourrit ce p’tit chat ; et ce geste représentait tellement pour eux… (et pour nous) qu’on a fini par accepter ces oranges. Finalement pour ne pas les décevoir, par simple respect, on a accepté.

C’était en 2000. J’avais 16 ans.
Bizarrement, ce fût un des plus beaux cadeaux de Noël que j’ai reçu… je ne dis pas que tous les jouets, chocolats que j’ai eu étaient nuls, bien au contraire, mais cette orange avait une symbolique tellement forte, tellement belle… C’était tellement spontané, tellement vrai.

Une preuve d’humanité tellement naturelle, tellement… il n’y a pas de mot. C’est quelque chose sans pareil.

12 ans après, leur geste est toujours gravé dans ma mémoire tant il m’a marqué ; et à chaque Noël, je ne peux pas m’empêcher d’avoir une pensée pour cette famille et cette générosité sans faille… Je me demande ce qu’est devenue cette famille… Peut-être ont-ils un toit maintenant? Peut-être pas… sans doute pas d’ailleurs. Surtout au vu de tout ce qu’il se passe là-bas en ce moment…

En tout cas, malgré leur pauvreté, ils ont une richesse du cœur inestimable… et tellement précieuse…
Et pour vous, quel est votre plus beau souvenir de Noël ?

PS: j’ai été voir cette famille jusqu’à mon départ… j’amenais boîtes de conserves, nounours pour leur enfant, fruits, légumes… et bien sûr, des boites de pâté pour chat..

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s