Le client est roi. Ou pas.

Voilà. C’est fait, c’est plié, c’est torché. 751h de boulot en 2 mois… Je suis donc maintenant en mode *zombie* mais pas suffisamment pour ne pas vous faire partager les « joies » du métier.
Le « joie » est entre guillemets parce que sincèrement, je ne supporte plus les gens. Je suis tellement crispée que malgré la station debout 10h d’affilée, je n’ai pas mal aux jambes, ni aux pieds, mais à la mâchoire… Ouais. Ça donne le ton.
Cette année ils ont d’ailleurs surpassé l’entendement. En termes de débilité, mais aussi d’irrespect.
Commençons par ceux d’aujourd’hui (oui, seulement aujourd’hui… après vous multipliez par le nombre de jour du mois de juillet et aout et le tout par le nombre de clients : entre 1000 et 1500 par jour ; et vous comprendrez allègrement).

Les ultimes avant mon 1er jour de congés donc, ça commence comme ça : j’ouvre à 10h. Une centaine de personnes. Premier bonjour, 12h16. J’étais tellement en overdose que oui, j’ai regardé l’heure du 1er « bonjour madame ». Le deuxième devait être aux alentours du 16h. Et pour les sourires, je crois que j’attends encore.
Bref. J’ai l’impression de m’être transformée en simple caisse enregistreuse… qui ne sert à rien d’autres qu’à soutirer du fric. Aucune forme de considération. Non. On fait partis purement et simplement des meubles. Fondue dans le décor.
J’ouvre, je mets des barrières pour avoir le temps de finir d’ouvrir. Bah non… les gens enjambent la barrière. Et quand je leur fais remarquer… ils m’engueulent : « ouais, ouvrir un magasin à 10h c’est n’importe quoi, tout le monde ouvre à 9h ! »
La même est valable à la fermeture. Quand tu fermes à minuit… les gens râlent : c’est trop tôt. Allo, je viens de me taper 14h de taf, donc ton vernis à 1euro, tu l’auras demain !
Mais on vit sur quelle planète ?!
Bref. On enchaine.

La mère, 2 mioches infectent. (ouais je supporte plus les moutards non plus). En l’espace de 10 minutes, j’ai dû intervenir 4 fois. Non on ne débouche/rebouche pas tous les rouges à lèvres. Non, le tourniquet des porte-clefs n’est pas un manège, non les testeurs ne sont pas des jouets, non les pinces ne sont pas des monstres. Bref. 4ème édition, la mère m’entends et chouine un truc à sa pote « rhoo elle est mal aimable celle-là ».
Les autres clients sont outrés… et mon sang ne fait qu’un tour. Je la chope et lui dit que maintenant c’est elle qui intervient… ou c’est moi qui les dégage –famille complète-. (oui j’ai bien utilisé le terme dégage). Et j’entends pas la mère dire « c’est pas bien mon chéri, faut pas toucher » avec une espèce de ton ironique qui-te-donne-juste-envie-de-la-baffer-tabasser.
Hop. Une cliente en moins avec toute la smala. Faut pas déconner… et surtout… mais alors ne surtout pas me prendre pour une conne.

Le temps passe. Une vieille débarque. Elle tchatche avec ses potes et là j’entends « hey ! ».
Ni bonjour, ni sourire, ni merde. « je veux des boucles ».
Bonjour.
« je veux des boucles »
BONjour
« je veux des boucles ».
BONJOUR
« je veux des boucles ».
*Ok… Mazelle, lâche l’affaire…*
Quelles boucles ?
« A deux euros… »
Pff elles sont toutes à 2 là (oui je fais « pfff » en vrai aussi).
« Ouvrez la vitrine. » (oui, oubliez le svp, et toussa toussa ; c’est une option)
Non. Vous me dites. J’ouvre. Je vous sers et ça ne se passera pas autrement.
« je veux des boucles blanches. »
Celles-là ?
« Non. Ouvrez la vitrine, je vous montre »
Bon vous savez quoi ? Quand vous aurez appris l’amabilité, à parler, le savoir vivre, la politesse ET que vous serez décidé à me parler vous me rappelez.
Il va s’en dire qu’elle attend toujours ses boucles d’oreille… et qu’elle s’est barrée, elle aussi, en chouinant que j’étais désagréable.

Et bien vous savez quoi ? Je l’emmerde.

Viens ensuite une autre cliente. 30 ans. L’air hautain ; Elle porte sur sa gueule que c’est une casse-couille (ouais, avec l’expérience, tu les repères à 15 bornes…).
Elle rentre (pas bonjour rien. Normal jusque là).
Elle teste les vernis.
« excusez-moi, il ne faut pas tester les produits ». Je lui montre le panneau 1m50 sur 1m50 « ne pas essayer les produits par mesure d’hygiène ».
Passe.
Elle reteste encore et encore. A la 5ème, je craque. Je lui dis sèchement « vous ne savez pas lire, ou peut-être êtes vous sourde ? ».
Madame se met à hurler que c’est inadmissible.
Que c’est à cause de gens comme nous qu’on devient raciste (oui, moi aussi je cherche encore le rapport avec les vernis). Que dans tous les grands magasins, on peut tester. Que même chez les juifs on peut tester (là, aussi j’ai toujours pas trouver de rapport).
Oui, mais on n’est pas dans un grand magasin… et nos vernis sont à 1euro. Pi question racisme vous repasserez. Ma patronne est marocaine, son mari gitan, et moi lesbienne… alors bon, vous êtes assez mal tombée pour le coup. Je lui dis d’aller faire chier les commerçants dans les grands magasins.
« je veux parler à la responsable ».
Pas d’bol… c’est moi
« j’exige de voir le patron ».
Il ne se déplacera pas.
« je veux son numéro de téléphone et son nom ».
Non, mais vous n’êtes pas sérieuse ? Je ne vous donnerai ni l’un ni l’autre. Il sera là à 19h. Par contre, s’il sait que vous m’avez manqué de respect, je vous garantis que vous allez passer un très mauvais moment. (ouais mon patron là-dessus est intransigeant,… et vu qu’il a une confiance absolue en moi, il ne cherchera pas à comprendre)
Vous êtes hautaine… d’où on ne peut pas donner le nom de son patron ? Je vous plein de travailler dans des conditions pareilles pauvres petites. Je veux voir votre patron, j’exige qu’il mette des testeurs.
Non mais vous avez pas bien compris. Les vernis sont à 1euro. On a plus de 600 couleurs différentes, et vous croyez vraiment que je vais mettre des testeurs ? On reçoit entre 1000 et 1500personnes par jour et parce que « madame » a décidé il faudrait qu’on obtempère ? Mais vous vous êtes cru où ? Allez donc à Séphora, Nocibé. Payez 15euros, et me faites pas chier. Vous avez des testeurs là-bas. Si vous avez envie de vous tartiner la gueule avec, c’est votre problème. Mais ici ça ne se passe pas comme ça. Point.
Si votre patron savait que vous m’envoyez à la concurrence…
C’est le 1er à le faire et à me dire de le faire ! Du reste, Nocibé/Séphora ne sont pas nos concurrents….
J’ai pas envie d’allez à Nocibé. Je reste ici. De toute façon le client est roi.
*ça c’est LA phrase qu’il ne faut JAMAIS, JAMAIS me dire*
Vous savez ce qu’on a fait des rois chiant ?
Non
On les a décapités.
*tête choquée*
Vous savez comment vivez les rois à l’époque ?
Non.
Ils chiaient par terre dans les couloirs devant les autres… qui l’applaudissaient en fonction de la taille du colombin. Vous vous toujours être la reine ? Parce que clairement à part la reine des emmerdeuses, vous êtes pas la reine des clientes.
*tête scandalisée – autres clients morts de rire*
Pi il me semble qu’on est en Démocratie…. Et que la Liberté des uns s’arrête là où commencent celles des autres. A partir du moment où vous respectez ni mon magasin, ni mes produits, ni mes autres clients, vous n’avez rien à faire ici , alors maintenant c’est simple. Vous dégagez !
Bref. L’histoire a fini que j’ai pris arraché son panier des mains (elle ne voulait pas le lâcher) et moi qui ne m’énerve jamais (vraiment jamais), j’ai fini par lui hurler dessus. Les autres clients m’ont aidé à la faire sortir… tout le monde était scandalisé. Et quand elle est enfin sortie, les clients m’ont… applaudit ; tous sont venus me voir pour me parler, m’aider à « redescendre » la pression. Même mes voisins sont venus voir ce qu’il se passait ; vu que je suis d’un naturel calme, ils ont eu peur quand ils m’ont entendu.
Rien que de l’écrire j’en tremble encore.

Je passe aussi sur les gens qui ouvrent leurs sacs dans la boutique, jettent leur papier par terre et qui disent après « de toute façon elle est là pour ramasser/ranger ». Raté. Maintenant, je les oblige à le faire eux-même. Mieux j’ai même entendu une mère dire à son fils « la gadji le fera! ». Bah je vous garantis que c’est elle qui s’est baissée… pas moi.

Il y a aussi les mamans qui disent (ou même te demandent carrément) de gronder leurs gosses. Désolée, je suis vendeuse, pas éducatrice. Voilà comment toute la journée on est taxée de « mal-aimable/désagréable/pas commerciale ». Est-ce que moi je les taxe de mauvaise mère ou mauvais client franchement ?

Je passe aussi sur les gens qui claquent des doigts ou sifflent pour vous appeler. Terminé maintenant, je ne réponds plus. Et quand ils te font la réflexion, je suis cash « vous avez vu une laisse, un collier Médor et la queue qui remue ? »… Bah non. Je ne suis pas votre chien.

Je passe vite fait aussi sur les nanas qui m’insultent parce que je refuse de changer le maquillage. Question d’hygiène. « oui mais je me suis trompée de couleur ». Rien à faire. Qui me dit que t’as pas de mycose, de l’herpès ou que tu te l’ai pas fourré dans le derrière ? Est-ce qu’à Carrefour tu ramènes ton paquet de biscuits -entamé- parque finalement « ah ils sont pas bons ou tu t’es trompé de marque ? ».

Je me fais également insulter quand je rends des pièces jaunes. J’en suis arrivée à retirer les pièces de un euro de ma caisse pour écouler les pièces jaunes sans que les gens ne puissent rien dire. Il faut que je leur montre que je n’ai pas de un euro dans ma caisse pour « justifier » les dix et vingt centimes. C’est quand même abbérant non ?

J’ai aussi eu la maman qui dit à sa fille « travaille bien à l’école, sinon tu finiras comme elle ». La maman a pas apprécié quand j’ai répondu à la petite : « j’ai un bac +6… et vu mon salaire j’ai besoin de travailler que 3 mois dans l’année pour vivre le reste du temps à rien faire… »

Les touristes s’étonnent après que les commerçants ne soient pas forcément toujours souriants. Ouais mais faut se les coltiner tous les bidochons pendant 2 mois. Non, les connards ne sont pas des exceptions. C’est l’inverse. Donc oui, nous aussi on est humain… et nous aussi des fois on en a plein le c**.
Mon patron m’a demandé pour bosser cet hiver. La saison n’était pas top… donc exceptionnellement il veut ouvrir un des magasins. Franchement, je ne sais pas si je me sens capable de recommencer… Les gens m’ont littéralement écœurée, dégoutée de la race humaine. Même mon boss a pété des plombs… il m’a dit qu’il allait rajouter des pancartes « ne pas essayer » en français et en anglais… mais aussi qu’il allait mettre un panneau derrière la caisse « sans bonjour ou merci c’est 50% plus cher »…  Je ne sais pas s’il aura le culot de le faire (il en est largement capable) mais au moins je suis soulagée qu’il comprenne mon comportement avec certaine. Et comme je le disais c’est lui qui me donne son aval. C’est déjà quelque chose d’énorme.

Pourtant, je suis d’une nature patiente et ouverte. Vraiment. Je ne suis pas asociale et suis agréable. Pour preuve, j’ai eu 34euros de pourboire en 2 mois… dans un commerce ! Le truc improbable. J’aime les gens, le contact. Toutes mes habituées peuvent le dire… mais là, je suis en véritable overdose de ces abrutis. Ces gens qui se croient tout permis sous prétexte qu’ils sont « clients ».

Je vais arrêter là car je pourrais sincèrement en écrire des romans… Je vous promets que les prochains billets seront plus drôles… je vais vous faire partager toutes les perles improbables/les débilités sans nom….  mais pour l’heure, je vais allez dormir un peu 😉

A bientôt !

 

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5 réflexions sur « Le client est roi. Ou pas. »

  1. J’ai été caissière en grande surface pendant 2 mois. Ce n’était pas encore comme toi, c’était presque des anges à côté, mais ça m’a dégouté du commerce. Depuis, j’essaie toujours de dire « bonjour », « au revoir », « merci » et « svp », parce que c’est la moindre des choses. Je le faisais avant, je fais encore plus attention maintenant. Certaines personnes ne sont quand même pas civilisés. Tu as bien raison de faire comme tu fais. Ce n’est pas dans mon caractère de répondre ainsi, donc moi, je ne le ferais pas, mais tu as bien raison de mettre les points sur les i !

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  2. Je ne sais pas exactement ce qu’est ton magasin mais waouh tu as une patience d’ange. Quand j’étais serveuse ou travaillais a Sephora je ne répondais qu’après le bonjour. Quitte a pas plaire ou a abandonner mon pourboire. Mais franchement les gens en vacances subissent-ils une lobotomie? tu verrais les touristes français a San Francisco (70% d’entre eux me filent vraiment la honte et je comprends pourquoi on a réputation si mauvaise! Et d’ailleurs je reprend les français qui se foutent de la gueule des gens en français car les « ricains » peuvent pas comprendre, ahahah »)

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  3. HEUREUSEMENT que ton patron te comprend et te soutient car je crois que tu serais déjà sous terre à l’heure-ci. Personnellement, je ne pourrais pas/plus faire ce travail. Je suis sensible à la politesse de base : bonjour, merci, au revoir.

    Je félicite ta répartie, ta patience et et tes remise en place.

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